au CCS / Parentville






Explorons l'invisible

Galerie des microscopes

  
  
Grande vitrine

Ici sont rassemblés des microscopes fort divers.
Leurs descriptions détaillées viendront progressivement s'ajouter à ce qui suit.

  Trichinoscope


  Fluorescence

En bref,
    à l'étage inférieur se trouvent quatre instruments imposants, tous aptes à enregistrer des images argentiques.
n°19 :  l'Universel de Carl Zeiss est surmonté d'un dispositif pour prise de vues automatisée sur film 35 mm [ n°43 ].
n°20 :  le rare "metaalmicroscoop" inversé de Nedoptifa [ Bleeker N.V. ] renferme un système de prise de vues sur plan-film.
n°21 :  le Grand Universel U de BBT Krauss, muni d'éclairages par transparence et par réflexion, est, lui, surmonté par un dispositif amovible de prise de vues sur plan-film.
n°42 :  le Fomi de Carl Zeiss permet la prise de vue automatisée grâce à un ingénieux système optique interne et un tambour interchangeable contenant une cartouche de film 35 mm.
    Plus haut,
n°22 :  le "G8" de Rouzil se distingue par son architecture particulière et un système de mise au point manquant de rigueur, inattendu sur un "gros" microscope aux environs de 1960.
n°24 :  la tête binoculaire de ce microscope stéréoscopique Carl Zeiss peut être remplacée par le tube droit exposé juste à côté. L'alignement de celui-ci successivement sur chacun des deux objectifs permet la prise en deux temps d'une paire de vues restituant la "3D".
n°25 :  ce petit microscope [ qui fut vendu sous la marque Viking ] fait immanquablement penser à une paire de jumelles. En cela, il permet de bien appréhender le principe "du" microscope stéréoscopique... en fait l'association de deux microscopes composés donnant chacun une image redressée. À remarquer la convergence des axes optiques.
n°26 :  de forme plutôt étrange, cet inversé Leitz est prévu pour l'éclairage par transparence tandis que l'absence de condenseur limite son emploi aux grossissements faibles et modérés. Présenté comme microscope de chimiste dans les brochures du fabricant, il permet entre autres l'examen de précipités dans divers récipients. Il fournit une image redressée.
   n°27 :  Trichinoscope Zeiss
Les trichinoscopes sont des
microscopes spécialisés quoique peu sophistiqués. De conception robuste, ils étaient destinés à être transportés et utilisés sur le "terrain", en l'occurrence chez les bouchers, charcutiers, grossistes en viande, éleveurs, etc.  Des inspecteurs de l'hygiène alimentaire s'en servaient pour détecter la présence de Trichinella dans la viande [ de porc, principalement ]. C'est
l'agent de la trichinose, maladie qui, transmise à l'homme, peut avoir des complications graves si elle n'est pas soignée.

Parfois le coffret du microscope fait office de pied. Un fort pouvoir grossissant n'étant pas nécessaire, ces instruments sont simplement équipés d'un diaphragme d'ouverture, sans condenseur. Pour permettre un rangement compact, la platine est en général démontable car elle est largement dimensionnée. Et pour cause :  la traditionnelle lame porte-objet, grosse d'à peu près un millimètre, et la toute mince lamelle couvre-objet d'épaisseur normalisée 0,17 mm [ 0,18 mm pour certains fabricants dont Meopta ] sont ici remplacées par deux massives plaques de verre munies de vis de serrage... si bien qu'une fine tranche de jambon peut être écrasée entre les deux après avoir été rapidement colorée. L'observation en éclairage par transparence est ainsi possible sans préparation minutieuse.
L'optique d'un trichinoscope est adaptée à cet emploi particulier :  un objectif généralement composé [ diverses formules selon les fabricants ], combiné avec un oculaire ordinaire [ 8~10x environ ],
permet de passer facilement d'un grossissement final de l'ordre de 50x à plus ou moins 100x, ce qui suffit pour repérer une infection par Trichinella.

Voilà un parasite dont l'existence ne date pas d'hier. Ötzi, le chasseur préhistorique retrouvé momifié dans les Alpes, avait des larves de Trichinella dans l’estomac... En 1835, Richard Owen et James Paget ont découvert dans le tissu musculaire d'un cadavre humain le parasite sous sa forme la forme enkystée. Ils l'ont nommé Trichina. Ensuite, entre 1855 et 1860, le cycle du parasite a été décrit, entre autres par Virchow. Un rapport fut établi avec la consommation de viande de porc insuffisamment cuite. De nombreuses épidémies eurent lieu au XIXe siècle et Virchow encouragea la mise en place de mesures officielles dont un dépistage systématique. Nombre de fabricants – allemands surtout – se mirent alors à produire des microscopes spécialement adaptés. Depuis, cette question de santé publique fait toujours l'objet d'une grande attention mais l'organisation des contrôles et les techniques mises en œuvre ont bien sûr évolué.
Extrait de Crime et châtiment,  Dostoïevski, 1866 :
            [ trad. par Doussia Ergaz et Vladimir Pozner / Folio classique n°2661, éd. Gallimard ]
Des trichines microscopiques, d'une espèce inconnue jusque-là, s'introduisaient dans l'organisme humain. Mais ces corpuscules étaient des esprits doués d'intelligence et de volonté. Les individus qui en étaient infectés devenaient à l'instant même déséquilibrés et fous. Toutefois, chose étrange, jamais les hommes ne s'étaient crus aussi sages, aussi sûrs de posséder la vérité.
            [ trad. par Jean Chuzeville / Les Classiques russes, éd. Gallimard ]
... parasites d'une espèce nouvelle, des êtres microscopiques avaient fait leur apparition, élisant domicile dans le corps des gens. Mais ces animalcules étaient des esprits doués d'intelligence et de volonté. Les individus qui en étaient affectés devenaient fous furieux à l'instant. Mais jamais, jamais les hommes ne s'étaient crus aussi en possession de la vérité que ne croyaient l'être ces affligés. 

C'est l'occasion aussi de présenter un ancien livre de microscopie appartenant à notre bibliothèque... un "classique" :
Le Microscope, Emploi et Applications, d'Eugène Séguy ; en deux tomes, les volumes XXXIII et XXXIV de l'Encyclopédie Pratique du Naturaliste, aux éditions P. Lechevalier, Paris.
La planche reproduite ci-dessous [ format original = 11,3 cm x 15,5 cm ] figure dans le tome I réédité en 1951. [ 1ère éd. en 1942, tandis que le volumineux tome II est paru en 1949. ]



Quel microscopiste amateur, il y a quelques décennies, n'avait pas à portée de main cet ouvrage abondamment documenté ?  Il s'agit de deux petits livres [ 12 cm x 16 cm ], épais, à couverture rigide toilée. Au total plus d'un millier de pages avec de nombreuses illustrations dans le texte et quelque 200 planches en couleurs ou noir et blanc. Ce fut une référence en son temps et peut encore l'être à bien des égards, même si la présentation paraît aujourd'hui désuette, si les instruments décrits ont été relégués au rang de pièces de musée par les progrès techniques accomplis en un demi-siècle et si quelques considérations d'ordre biologique sont elles aussi dépassées. Car on y trouve à profusion des sujets d'observation, rigoureusement décrits, ainsi que l'explication détaillée, assortie de conseils pratiques, de méthodes et de techniques telles le fond noir, l'éclairage selon Rheinberg, la polarisation, la stéréoscopie... La fluorescence est juste évoquée, en quelques paragraphes, dans le deuxième tome. De même le contraste de phase. Normal :  on est à la fin des années '40.

En 1954, le même auteur a publié un traité de microscopie destiné, cette fois, aux débutants :  Initiation à la microscopie, aux éditions N. Boubée, Paris.  240 pages vouées au succès. La cinquième édition date de 1987. [ La troisième édition, en 1970, se vendait 230 francs belges.  ;o)  ]

Du même style, Ce qu'on peut voir avec un petit microscope, de Henri Coupin, apparu en 1897, était encore publié, complété par des éléments de photomicrographie [ de Fernand Obaton ], en 1977 !